ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Discussion
La prévalence des AES dans notre étude était de
54,0%. Cette fréquence est légèrement supérieure à
celles des études réalisées en Afrique de l’ouest qui
varient de 39,7% à est de 45,7% [25,26]. La
prévalence élevée dans notre étude (54,0%),
supérieure à celles des autres pays africains montre
l’importance du problème que constituent les AES et
souligne l’absence de la réglementation et de la
communication concernant les AES en Centrafrique.
En effet, en RCA, seuls les médecins formés à la
prescription d’antirétroviraux bénéficient d’une
sensibilisation contre les AES. Cela explique
pourquoi seulement 3% des victimes ont déclaré leur
accident dans les 2 jours qui suivent l’accident.
Pourtant la prévalence en RCA de chacun des 3 virus
ciblés dans la prévention des AES devrait inciter à une
grande prise de conscience de ce phénomène. Cette
étude qui s’est déroulée en un jour, sur la base du
volontariat n’a pas pris en compte les absents et les
personnes non consentantes. La prévalence des AES
seraient donc sous estimées comme dans les pays où
tous les aspects relatifs aux AES sont bien codifiés par
une réglementation rigoureuse. Trois pourcent des
victimes et 9,3% de l’échantillon étaient vaccinés
contre l’hépatite B. Cette proportion est trop faible
pour un pays à forte endémicité d’hépatite B. Si
certains auteurs estiment que le risque VHB devrait
être nul à cause de la vaccination [7], ce n’est pas
encore le cas en RCA. Le risque VHB reste élevé pour
tout adulte centrafricain, particulièrement le personnel
de santé. Cela s’explique par le fait que le vaccin
contre l’HVB est d’introduction récente dans la liste
des vaccins du programme Elargi de Vaccination
(PEV) et ne concerne que les enfants de 6 semaines à
5 ans. Les adultes ne sont pas concernés et chez le
personnel de santé il n’y a pas de campagne de
sensibilisation ni de vaccination contre l’HVB.
Trois pourcents des AES étaient déclarés dans les 2
jours et 35,7% au-delà de 2 jours (figure 1). D’autres
séries aussi ont noté cette sous déclaration des AES
[26-28]. Notre pays ne dispose pas encore d’un
système national de déclaration des AES qui
permettrait de le confronter aux déclarations obtenues
par l’interrogatoire de cette étude contrairement à ce
que font les pays qui ont une expérience dans la lutte
contre les AES [28]. Dans notre série, seuls les
médecins (90%) déclarent leur AES dans les 2 jours
qui suivent ; pourtant l’efficacité de la prophylaxie
post AES dépend de la précocité de sa mise en route et
partant de la précocité de la déclaration de l’AES.
Cette différence s’explique par le fait que depuis la
subvention de la prise en charge des malades du SIDA
par le fond mondial, tous les médecins passent par un
séminaire de formation à la prise en charge des
malades du SIDA avant la fin de leur étude. Ils sont
régulièrement conviés à cette formation par la suite ;
ce qui n’est pas le cas pour les autres catégories
socioprofessionnelles. Les médecins sont donc mieux
informés, mieux préparés à déclarer tôt leur AES que
les paramédicaux. Un recyclage concernant le risque,
la prévention et la prise en charge des AES destiné à
toutes les catégories de personnel de santé doit être
mis en place pour permettre à tous de réagir
efficacement contre les AES et particulièrement les
déclarer à temps pour une meilleure prise en charge.
Dans notre étude, les infirmiers étaient plus concernés
par les AES que les autres professionnels de santé.
Nos résultats corroborent les données d’autres études
multicentriques menées en Afrique de l’ouest
(Abidjan, Bamako, Dakar) [25,26]. Ces résultats
démontrent que les infirmiers constituent les groupes
socioprofessionnels les plus vulnérables. Dans notre
étude, les infirmiers sont les plus touchés par les AES,
d’autres études ont montré que les infirmiers et
surtout ceux qui travaillent en réanimation et en soins
intensifs étaient les plus atteints [29,30] Cette forte
vulnérabilité des infirmiers serait liée à leur proximité
des malades et aux fréquences élevées des soins qu’ils
leurs prodiguent. Soixante huit pourcent des accidents
étaient dus à des piqûres. Ce phénomène a été rapporté
par de nombreux auteurs [26,29,31]. Ce résultat a
conduit à de nombreuses autres études pour mieux
connaitre le risque et proposer des axes de prévention
appropriés [4,28,32-34]. La piqûre comme mécanisme
ou l’aiguille comme agent vulnérant des AES
occupent le premier rang dans les circonstances de
survenue des AES. Cette forte fréquence de la piqûre
s’expliquerait par le fait que dans les formations
sanitaires de la RCA, le collecteur d’objets piquants
ou tranchants est quasi inexistant. Même dans les
structures sanitaires où ils sont disponibles, le
personnel n’en fait pas un bon usage faute de
formation et continuent à capuchonner
systématiquement les aiguilles après usage ce geste
dangereux est portant prohibé Les déchets à risque
infectieux ne sont pas triés, les collecteurs se
remplissent très rapidement et ne sont pas remplacés.
En ce qui concerne la prise en charge des AES
déclarés, toutes les victimes (100%) ont été dépistées
pour le VIH contre 31% et 2,% respectivement pour le
VHB et le VHC. Ces résultats montrent qu’en cas
d’AES, la prise en charge vise surtout la prévention de
la contamination par le VIH. Les virus de hépatites B
et C ne sont pas tellement concernés et
particulièrement le VHC. Pourtant, la gestion des AES
a pour finalité la prévention de la transmission de ces
3 virus [6,8]. Même la séroconversion post AES pour
le VIH est la plus connu, celle concernant le VHB et
VHC qui sont des virus dont le risque de transmission
est plus élevé, ne doit pas être sous-estimée [7]. Le
VHB en plus de sa forte transmissibilité est le plus
prévalent de ces 3 virus. Le statut sérologique des
patients source connue uniquement pour le VIH
confirme bien cette tendance. La méconnaissance de 2
des 3 virus ciblés dans les AES peut être due à
l’absence de procédure de gestion des AES dans les
structures sanitaires enquêtées, d’autant plus que
parmi les 4 centres visités, un seul dispose de cette
procédure, qui de surcroit n’était pas pleinement