
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°002 / Décembre 2016 -
supérieure à 1700/mm
3
. Une lymphopénie sous TAR
était observée dans les proportions de 37,96% à M6 ;
30,30% à M12 et 38,89% à M24. Au cours des six
premiers mois de TAR, la médiane des lymphocytes T
CD4 a progressé, passant de 167/mm
3
à 318/mm
3
pour
atteindre 350/mm
3
au 30
ème
mois, soit un gain moyen
de 183 CD4/mm
3
. La fréquence des malades ayant un
taux des lymphocytes TCD4<200/mm
3
a régressé,
passant de 57,71% à M0 jusqu’à 21,74% à M6 ; cette
fréqeunce est remontée à 28,15% à M12, puis 28,77%
à M24.
Les plaquettes : La médiane du nombre des
plaquettes a été variable au cours du TAR (entre
248500 et 272500 plaquettes/mm
3
). Elle a connu un
pic au 6
ème
mois, à 272500/mm
3
. Une thrombopénie et
une thrombocytose étaient observées dans une
proportion supérieure à 10% durant la 1
ère
année du
traitement. Ce taux a régressé après 2 ans de
traitement respectivement de 4,17% et 6,94%.
Discussion
Notre étude a connu certaines difficultés du fait de sa
nature rétrospective. Un dysfonctionnement dans la
subvention des examens paracliniques de suivi, une
rupture périodique des bulletins d’analyse pour la
réalisation du bilan biologique ont eu pour
conséquence une réduction dans le temps du nombre
des malades qui réalisaient les examens biologiques
de suivi. Cette situation n’a pas eu un impact
important sur la qualité des données ce qui nous a
permis de décrire les tendances évolutives des
paramètres hématologiques au cours du TAR.
L’échantillon était caractérisé par des sujets
relativement jeunes dont l’âge moyen était de
38,45±9,63ans et par une prédominance de femmes
représentant 67,32% avec un sex-ratio (H/F) de 0,48.
Cette prédominance féminine serait la traduction de la
vulnérabilité de la femme face à l’infection à VIH
mais aussi de la féminisation de l’infection à VIH [4].
Cette prédominance a été retrouvée dans les études
menées sur le VIH dont celle d’Elira Dokekias qui a
rapporté une proportion des femmes à 68,2% [6].
Dans plus de la moitié des cas, les malades avaient un
accès aux soins à un stade avancé de la maladie. Ce
qui s’était traduit par une abondance de co-morbidités.
A l’initiation du TAR, l’anémie de tous grades
confondus était observée chez 71,65% des malades. Il
s’agissait en général d’une anémie normochrome
normocytaire qui peut être rattachée aux états
inflammatoires qui accompagnent les affections
opportunistes. Avant l’utilisation des associations
antirétrovirales, l’anémie était observée dans 63 à
95 % des malades au stade sida [2]. A l’ère des ARV,
la forte fréquence de l’anémie avant la mise en route
du TAR est encore rapportée par plusieurs auteurs [7-
9]. Ces résultats s’expliqueraient, soit par les stades
très avancés de l’infection à VIH auxquels se
trouvaient les malades avant leur arrivée dans les
structures de prise en charge, soit par l’atteinte du
système hématopoïétique liée au VIH. Dans notre
étude la majorité des patients étaient au stade de sida.
L’anémie à ce stade est un motif de consultation à
47,1%, selon Elira Dokekias et coll [6]. Les anomalies
retrouvées dans la lignée blanche étaient dominées par
les leucopénies et les neutropénies avec des
proportions de 30,95% et 18,11% respectivement.
Le taux élevé des leuco-neutropénies pourrait
s’expliquer par l’évolution de l’infection à VIH en
rapport avec le stade OMS de nos patients. Nos
résultats sont proches de ceux rapportés dans la
littérature [9,10].
Une immunodépression sévère était observée dans une
proportion de 57,71% des cas avec un taux moyen de
lymphocytes TCD4 inférieur à 200 cellules/mm
3
, soit
une moyenne de 175,26/mm
3
avec des extrêmes de 1
et 611/mm
3
. Cette immunodépression profonde serait
liée à une prise en charge tardive comme observée par
certains auteurs en Afrique subsaharienne [6,11]. De
même cette immunodépression et la sévérité des
syndromes cliniques constitueraient un facteur de
risque important dans la survenue des leucopénies.
Au niveau de la lignée mégacaryocytaire, une
thrombopénie et une thrombocytose ont été observées
dans des proportions respectives de 14,96% et
13,78%. La littérature rapporte des proportions très
variables [7,12].
L’évolution de ces 3 lignées sanguines sous TAR était
caractérisée par une régression de la fréquence des
anomalies hématologiques observées initialement. La
mise sous traitement s’était accompagnée d’une
réduction régulière de la fréquence de l’anémie durant
la première année avec passage de la moyenne
d’hémoglobine de 10,6 à 12,4 g/dl entre M0 et M12.
Ce gain d’Hb lié au TAR a été noté dans certaines
études [9,13] et non dans d’autres [14]. Le TAR a eu
un impact positif sur les autres paramètres
hématologiques. Il a induit une reconstitution
immunitaire marquée par un gain moyen de 183
cellules/mm
3
. En dépit de cette amélioration, une
faible proportion des malades présentaient au cours du
traitement une immunodépression profonde qui serait
due à un échec thérapeutique ou à une mauvaise
observance du TAR. L’amélioration des anomalies
observées dans les lignées granulocytaires et
mégacaryocytaires a été sensible ; elle serait due à la
restauration immunitaire ayant réduit le risque
d’infections opportunistes.
Conclusion
Malgré une amélioration des manifestations
hématologiques chez les personnes vivant avec le
VIH sous traitement antiretroviral, on note une
persistance des cytopénies. Le suivi biologique
régulier des malades sous TAR est nécessaire pour la
détection et la prise en charge de ces anomalies.
Références
1. Organisation Mondiale de la Santé. Lignes
directrices unifiées sur l’utilisation des
antirétroviraux pour le traitement et la prévention