ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°002 / Décembre 2016 -
Evolution des paramètres hématologiques chez les personnes infectées par le VIH sous
traitement antirétroviral à Bangui, République Centrafricaine
Evolution of the hematological parameters in people infected with HIV under
antiretroviral treatment in Bangui, Central African Republic
E Gbangba-Ng
1
, G Tekpa
2
, V Fikouma
3
, GS Issa Boutongara
2
, S Ngoï Falgbang
2
, AB Ndomackrah
4
,
WS Nambeï
5
, B Koffi
6
.
1
Service des Maladies Infectieuses du Service de Santé des Armées, Bangui, République centrafricaine
2
Service des maladies infectieuses, Hôpital de l’Amitié, Bangui, République centrafricaine
3
Centre de traitement ambulatoire de l’infection à VIH de l’Hôpital Communautaire de Bangui, République
Centrafricaine
4
Centre national de transfusion sanguine, Bangui, République centrafricaine
5
Unité d’Immuno-sérologie, de Biochimie et de Biologie moléculaire, Laboratoire National de Biologie
Clinique, Bangui, République centrafricaine
6
Faculté des Sciences de la Santé, Bangui, République centrafricaine.
Auteur correspondant : Gbangba-Ngaï Eudes, service des maladies infectieuses du service de santé des
armées, BP 430 Bangui, République centrafricaine, Tel : (236) 75 04 42 55. Email : geudes.ngai@gmail.com
Reçu le 15 août 2016, accepté le 5 octobre 2016
Résumé
Objectifs : Décrire l’évolution des paramètres
hématologiques chez les personnes infectées par le
VIH traitées par les antirétroviraux à l’Hôpital de
l’Amitié de Bangui.
Patients et méthodes : Il s’agissait d’une étude
rétrospective descriptive, portant sur les malades
traités par les antirétroviraux, entre le 1
er
avril 2010 et
le 31 mars 2014, au service des maladies infectieuses
et tropicales de l’Hôpital de l’Amitié de Bangui.
Etaient inclus, les malades dont le dossier médical
contenait une numération de la formule sanguine avant
l’initiation du traitement et au moins une fois au cours
du traitement. Les données ont été analysées avec le
logiciel Epi-Info 7.
Résultats : Nous avons inclus 254 malades, dont
67,32% de femmes avec un sex-ratio H/F de 0,48.
L’âge moyen était de 38,45 ans ± 9,63 ; 52,19% des
patients étaient au stade 3 de l’OMS. Sur 92
pathologies enregistrées à l’initiation du traitement
antirétroviral (TAR), la tuberculose a représenté
56,52%. A l’initiation du traitement il y’avait une
anémie avec un taux moyen d’hémoglobine à
10,74±2,01g/dl et un taux moyen de lymphocytes T
CD4 à 175±117cellules/mm
3
; les valeurs moyennes
des paramètres leucocytaires étaient : leucocytes
5508±3968 cellules/mm
3
, neutrophiles 2709±1642,
lymphocytes 2063±1703 ; plaquettes 270134±120528
cellules/mm
3
. Le traitement antirétroviral initial
comportait la Zidovudine chez 68,25% des patients et
était associé au cotrimoxazole dans 81,48% des cas.
L’évolution sous traitement au 24
ème
mois a été
marquée par une gression de l’anémie à 42,47% ;
une augmentation de fréquence de leuco-neutropénie
et lymphopénie respectivement à 36,11% ; 31,94% et
38,89% par rapport à l’initiation.
Conclusion : Les anomalies matologiques sont
fréquentes sous ARV à Bangui, et consistent souvent
en des cytopénies. La persistance d’une leuco-
neutropénie au cours du traitement doit faire suspecter
le rôle de la zidovudine ou du cotrimoxazole. Le suivi
biologique régulier des malades sous TAR est
nécessaire pour la détection et la prise en charge de
ces anomalies.
Mots clés : Anomalies hématologiques, traitement
antirétroviral, VIH, Bangui
Abstract
Objective: To describe the evolution of hematological
parameters in HIV-infected persons treated with
antiretrovirals at the Hôpital de l’Amitié de Bangui
Patients and methods: It was a retrospective and
descriptive study of patients treated with antiretroviral
therapy between April, 2010, and March, 2014, in
infectious and tropical diseases service at the hôpital
de l’Amitié de Bangui. Were included in the study,
patients whose medical records contained a count of
blood counts prior to initiation the treatment and at
least once during treatment. The Epi-Info 7 software
was used for data analysis
Results: We included 254 patients, of whom 67.32%
were women with a sex ratio of 0.48. The mean age
was 38.45±9.63 years, 52.19% at HIV-stage 3 of
WHO. Tuberculosis accounted for 56.52% of 92
pathologies recorded at initiation of antiretroviral
therapy (ART). At initiation of treatment there was
anemia with an average hemoglobin level of
10.74±2.01 g/dl and an average CD4 T cell count at
175±117 cells/mm
3
; the mean values of the leukocyte
parameters were: leukocytes 5508±3968 cells/mm
3
,
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neutrophils 2709±1642, lymphocytes 2063±1703; for
platelets the mean was 270134±120528 cells/mm
3
.
Initial antiretroviral therapy included zidovudine in
68.25% of patients and was associated with
cotrimoxazole in 81.48% of patients. The change in
treatment at the 24th month was marked by a decrease
in anemia to 42.47%; increased frequency of leuko-
neutropenia and lymphopenia respectively to 36.11%;
31.94% and 38.89% compared to initiation.
Conclusion: Hematological abnormalities are
common on ART in Bangui. These are often
cytopenias. The persistence of buffy leuco-
neutropenia during treatment should suggest the role
of zidovudine or cotrimoxazole. The regular
laboratory monitoring of patients on ART is necessary
for the detection and management of these anomalies.
Key words: Hematological abnormalities,
antiretroviral, HIV, Bangui.
Introduction
La mise en route du traitement antirétroviral est
associée à des avantages cliniques et en termes de
prévention de l’infection à VIH, car elle améliore la
survie et diminue l’incidence de l’infection à VIH au
niveau de la communauté [1]. Cependant, de nouvelles
préoccupations sont nées de la chronicisation sous
traitement de très longue durée de la maladie.
L’infection à VIH est associée à une grande
variété de manifestations cliniques et biologiques
parmi lesquelles, les atteintes matologiques qui
peuvent survenir à tous les stades de la maladie. Les
manifestations les plus fréquentes sont les cytopénies
dont les cas sévères s’observent dans moins de 1%. Il
s’agit le plus de pancytopénie dont la fréquence
augmente avec le stade clinique de l’infection à VIH.
Elles sont dues à une insuffisance de production
médullaire liée soit à un effet myélo suppresseur du
VIH et aux infections opportunistes [2]. L’un des
objectifs du suivi biologique de l’infection à VIH sous
traitement est d’évaluer la tolérance des médicaments
antirétroviraux [3]. En République Centrafricaine
(RCA), l’infection à VIH réalise une épidémie de
type généralisé avec une séroprévalence de 4,9%
parmi les personnes de 15 à 49 ans [4]. Depuis la mise
en œuvre du programme national d’accès aux ARV en
2004, la toxicité hématologique n’a pas encore été
suffisamment documentée chez les personnes vivant
avec le VIH (PVVIH) sous antirétroviraux dans le
pays. L’objectif de ce travail était de décrire
l’évolution des paramètres matologiques dans une
cohorte de PVVIH, traitées par les antirétroviraux à
l’Hôpital de l’Amitié à Bangui afin d’améliorer la
prise en charge de ces anomalies.
Patients et méthodes
Il s’agissait d’une étude rétrospective descriptive qui a
couvert la période du 1
er
avril 2010 au 31 mars 2014.
Elle a été réalisée au service des maladies infectieuses
et tropicales (SMIT) de l’Hôpital de l’Amitié (HA),
qui est l’une des structures de prise en charge de
l’infection à VIH à Bangui. Après l’initiation du
traitement, les PVVIH sont revues aux 15
ème
et 30
ème
jours puis à une fréquence mensuelle. Au cours de ces
visites médicales, il a été procédé à l’évaluation
clinique de l’efficacité, de la tolérance ainsi que de
l’observance du traitement. La population d’étude était
constituée de PVVIH inscrites pour une prise en
charge médicale et suivies au SMIT de l’HA. Nous
avons, les PVVIH ayant initié le TAR pendant la
période de l’étude et dont le dossier médical contenait
une numération de la formule sanguine (NFS) au
début et au moins une fois au cours du traitement.
Pour chaque malade inclus, nous avons collecté les
données sociodémographiques (sexe et âge), cliniques
(stade clinique de l’infection à VIH selon l’OMS et les
pathologies associées à l’infection), biologiques (NFS,
numération des lymphocytes T CD4 avant le
traitement antirétroviral puis tous les 6 mois jusqu’au
30
ème
mois) et thérapeutiques (traitement antirétroviral
de première et de deuxième intention).
Les données ont été collectées à l’aide d’un
questionnaire à partir des dossiers de suivi des
malades sous ARV et des registres de TAR. Tous les
dossiers médicaux des malades ayant initié le TAR
entre le 1
er
avril 2010 et 31 mars 2014 ont d’abord été
sélectionnés, puis le questionnaire a été rempli pour
chaque dossier satisfaisant les critères d’inclusion. Les
données ont été collectées de manière anonyme et
traitées dans la stricte confidentialité. Elles ont été
saisies et analysées à l’aide du logiciel Epi-Info 7.
Résultats
Les caractéristiques sociodémographiques
Nous avons inclus au total 254 malades dont 171
femmes (67,32 %) avec un sex-ratio de 0,48. L’âge
moyen était de 38,45±9,63 ans ; La tranche d’âge la
plus représentée a été celle de 35 à 44 ans, soit
41,34% (Tableau I).
Tableau I : Répartition des malades par tranche d’âge
et selon le sexe
Age
(années)
Sexe
Total
M
F
Effectif
%
%
Effectif
%
< 25
4
4,82
7,60
17
6,69
25-34
8
9,64
36,84
71
27,95
35-44
40
48,19
38,01
105
41,34
45-54
21
25,30
13,45
44
17,32
≥ 55
10
12,05
4,09
17
6,69
Total
83
100
100
254
100
15
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Les caractéristiques biocliniques à l’initiation du
traitement antirétroviral
La répartition des patients selon le stade OMS de
l’infection à VIH a ainsi été présentée : 32 patients
(12,60%) étaient au stade 1 ; 52 (20,47%) au stade 2 ;
131 (51,58%) au stade 3 et 39 (15,35%) au stade 4.
A l’initiation du TAR, 92 pathologies associées ont été
enregistrées dont les principales étaient, la tuberculose
52 cas (56,52%), la diarrhée 9 cas (9,78%), l’hépatite
virale B chronique 9 cas (9,78%), la maladie de
Kaposi, 4 cas (4,35%) et l’infection urinaire (3,26%).
Sur le plan immunologique, la valeur moyenne des
lymphocytes T CD4 étaient de 175 ± 117/mm
3
à
l’initiation du TAR, la médiane était de 167/mm3 avec
des extrêmes de 1 et 611/mm
3
. L’immunodépression
profonde avec lymphocytes T CD4 inférieurs à
200/mm
3
a été notée chez 142 malades sur 253
(57,71%). Dans 13 cas sur 254 (5,12%) le nombre des
LT CD4 était supérieur ou égale à 350/mm
3
.
Concernant la lignée érythrocytaire, la valeur
moyenne de l’hémoglobine (Hb) était de 10,74±
2,01g/dl avec des extrêmes de 4,2 à 15,5g/dl. Une
anémie a été enregistrée chez 182 malades, soit
71,65%. Cette anémie était légère (Hb variant de 11 à
11,9 g/dl) dans 14,57% des cas, modérée (Hb variant
de 8 à 10,9g/dl) dans 50,39 % et sévère (Hb ˂ 8 g/dl)
dans 6,69%. Le VGM était normal (entre 80 et 100 fl)
dans 135 cas sur 194 (69,59%) ; il y avait une
microcytose chez 54 malades sur 194 (27,84%) et une
macrocytose dans 5 cas (2,58%). Le VGM moyen
était de 83,91±9,34 fl. La CCMH était normale pour
214 malades sur 254 (84,25%) ; une hypochromie a
été observée dans 16 cas sur 254 (6,30%).
Pour la lignée blanche, le nombre moyen de
leucocytes était de 5508/mm
3
(extrêmes 612 et
47000/mm
3
). La numération des leucocytes était
normale pour 165 malades sur 254 (64,76%), une
leucopénie a été observée dans 78 cas (30,70%) et une
leucocytose dans 9 cas (4,33%). Le nombre moyen
des polynucléaires neutrophiles (PNN) était de
2709/mm
3
avec des extrêmes de 480 et 11795/mm
3
. Il
y avait 46 (18,11%) cas de neutropénie. Chez 152
malades (59,84%), le nombre des lymphocytes totaux
avait varié entre 1500 et 4000/mm
3
. La fréquence de
la lymphopénie a été de 35,43% avant le début du
TAR.
Concernant les plaquettes, leur numération a été
normale chez 181 malades (71,26%). Le nombre
médian des plaquettes était de 284500/mm
3
(extrêmes
29000 et 812000/mm
3
). Une thrombopénie et une
thrombocytose étaient observées respectivement dans
38 cas (14,96%) et 35 cas (13,78%).
Les données thérapeutiques
L’association 2INTI+ 1INNTI était la plus utilisée et
la combinaison à base d’AZT-3TC-NVP était la plus
représentée et a concerné 148 malades, soit une
fréquence de 58,26%. Au total 172 malades (67,71%)
étaient sous combinaisons antirétrovirales contenant
de l’AZT. Sur un total de 297 traitements associés aux
ARV, il y avait essentiellement le cotrimoxazole dans
242 cas (81,48%) et le traitement antituberculeux dans
44 cas (14,81%) constitué de la combinaison
rifampicine-isoniazide ou rifampicine-isoniazide-
éthambutol-pyrazinamide.
Evolution des paramètres hématologiques sous
TAR
Evolution de l’hémoglobine : La médiane de l’Hb
était passée de 10,6g/dl de M0 à 12,4g/dl à M12, soit
un gain moyen de 1,8 g/dl d’Hb (figure 1).
Figure 1: Evolution du taux d’hémoglobine au cours
du TAR des 30 premiers mois de TAR
La proportion des malades ayant une anémie a
régressé de 71,65% à l’initiation du TAR pour
atteindre 35,56% à M12 ; cette proportion a augmenté
pour atteindre 42,47% à M24. La valeur médiane de
la CCMH était passée de 33 au début de TAR à 34
entre M6 et M30. La fréquence de l’hypochromie
(CCMH<32) qui était de 6,30% à M0 à baissé de
0,72% à M6.
Evolution des leucocytes : La valeur moyenne des
leucocytes a subi une baisse régulière entre M0 et
M30, passant de 4775 cellules/mm
3
à 4300
cellules/mm
3
( figure 2).
La fréquence de la leucopénie était de 30,95% à M0.
Elle a augmenté après l’initiation du TAR pour
atteindre 40,58% à M6 avant de subir un
infléchissement entre M12 (36,30%) et M24
(36,11%). La fréquence de la neutropénie qui était de
18,11% à l’initiation du TAR a augmenté pour
atteindre 29,2% à M6 et s’était maintenue au-delà de
cette valeur jusqu’à M24 (31,94%).
Figure 2 : Evolution du taux moyen de leucocytes au
cours du TAR de M0-M30
Hormis les baisses notées aux 6
ème
et 18
ème
mois de
TAR, la médiane des lymphocytes totaux était
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Série D, VOL. 2, N°002 / Décembre 2016 -
supérieure à 1700/mm
3
. Une lymphopénie sous TAR
était observée dans les proportions de 37,96% à M6 ;
30,30% à M12 et 38,89% à M24. Au cours des six
premiers mois de TAR, la médiane des lymphocytes T
CD4 a progressé, passant de 167/mm
3
à 318/mm
3
pour
atteindre 350/mm
3
au 30
ème
mois, soit un gain moyen
de 183 CD4/mm
3
. La fréquence des malades ayant un
taux des lymphocytes TCD4<200/mm
3
a régressé,
passant de 57,71% à M0 jusqu’à 21,74% à M6 ; cette
fréqeunce est remontée à 28,15% à M12, puis 28,77%
à M24.
Les plaquettes : La médiane du nombre des
plaquettes a été variable au cours du TAR (entre
248500 et 272500 plaquettes/mm
3
). Elle a connu un
pic au 6
ème
mois, à 272500/mm
3
. Une thrombopénie et
une thrombocytose étaient observées dans une
proportion supérieure à 10% durant la 1
ère
année du
traitement. Ce taux a gressé après 2 ans de
traitement respectivement de 4,17% et 6,94%.
Discussion
Notre étude a connu certaines difficultés du fait de sa
nature rétrospective. Un dysfonctionnement dans la
subvention des examens paracliniques de suivi, une
rupture périodique des bulletins d’analyse pour la
réalisation du bilan biologique ont eu pour
conséquence une réduction dans le temps du nombre
des malades qui réalisaient les examens biologiques
de suivi. Cette situation n’a pas eu un impact
important sur la qualité des données ce qui nous a
permis de décrire les tendances évolutives des
paramètres matologiques au cours du TAR.
L’échantillon était caractérisé par des sujets
relativement jeunes dont l’âge moyen était de
38,45±9,63ans et par une prédominance de femmes
représentant 67,32% avec un sex-ratio (H/F) de 0,48.
Cette prédominance minine serait la traduction de la
vulnérabilité de la femme face à l’infection à VIH
mais aussi de la féminisation de l’infection à VIH [4].
Cette prédominance a été retrouvée dans les études
menées sur le VIH dont celle d’Elira Dokekias qui a
rapporté une proportion des femmes à 68,2% [6].
Dans plus de la moitié des cas, les malades avaient un
accès aux soins à un stade avancé de la maladie. Ce
qui s’était traduit par une abondance de co-morbidités.
A l’initiation du TAR, l’anémie de tous grades
confondus était observée chez 71,65% des malades. Il
s’agissait en général d’une anémie normochrome
normocytaire qui peut être rattachée aux états
inflammatoires qui accompagnent les affections
opportunistes. Avant l’utilisation des associations
antirétrovirales, l’anémie était observée dans 63 à
95 % des malades au stade sida [2]. A l’ère des ARV,
la forte fréquence de l’anémie avant la mise en route
du TAR est encore rapportée par plusieurs auteurs [7-
9]. Ces résultats s’expliqueraient, soit par les stades
très avancés de l’infection à VIH auxquels se
trouvaient les malades avant leur arrivée dans les
structures de prise en charge, soit par l’atteinte du
système hématopoïétique liée au VIH. Dans notre
étude la majorité des patients étaient au stade de sida.
Lanémie à ce stade est un motif de consultation à
47,1%, selon Elira Dokekias et coll [6]. Les anomalies
retrouvées dans la lignée blanche étaient dominées par
les leucopénies et les neutropénies avec des
proportions de 30,95% et 18,11% respectivement.
Le taux éle des leuco-neutropénies pourrait
s’expliquer par l’évolution de l’infection à VIH en
rapport avec le stade OMS de nos patients. Nos
résultats sont proches de ceux rapportés dans la
littérature [9,10].
Une immunodépression sévère était observée dans une
proportion de 57,71% des cas avec un taux moyen de
lymphocytes TCD4 inférieur à 200 cellules/mm
3
, soit
une moyenne de 175,26/mm
3
avec des extrêmes de 1
et 611/mm
3
. Cette immunodépression profonde serait
liée à une prise en charge tardive comme observée par
certains auteurs en Afrique subsaharienne [6,11]. De
même cette immunodépression et la sévérité des
syndromes cliniques constitueraient un facteur de
risque important dans la survenue des leucopénies.
Au niveau de la lignée mégacaryocytaire, une
thrombopénie et une thrombocytose ont été observées
dans des proportions respectives de 14,96% et
13,78%. La littérature rapporte des proportions très
variables [7,12].
L’évolution de ces 3 lignées sanguines sous TAR était
caractérisée par une régression de la fréquence des
anomalies hématologiques observées initialement. La
mise sous traitement sétait accompagnée d’une
réduction régulière de la fréquence de l’anémie durant
la première année avec passage de la moyenne
d’hémoglobine de 10,6 à 12,4 g/dl entre M0 et M12.
Ce gain d’Hb lié au TAR a été noté dans certaines
études [9,13] et non dans d’autres [14]. Le TAR a eu
un impact positif sur les autres paramètres
hématologiques. Il a induit une reconstitution
immunitaire marquée par un gain moyen de 183
cellules/mm
3
. En dépit de cette amélioration, une
faible proportion des malades présentaient au cours du
traitement une immunodépression profonde qui serait
due à un échec thérapeutique ou à une mauvaise
observance du TAR. L’amélioration des anomalies
observées dans les lignées granulocytaires et
mégacaryocytaires a été sensible ; elle serait due à la
restauration immunitaire ayant réduit le risque
d’infections opportunistes.
Conclusion
Malgré une amélioration des manifestations
hématologiques chez les personnes vivant avec le
VIH sous traitement antiretroviral, on note une
persistance des cytopénies. Le suivi biologique
régulier des malades sous TAR est nécessaire pour la
détection et la prise en charge de ces anomalies.
Références
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