ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Certaines petites tumeurs peuvent échapper au toucher
rectal et resteront ignorées jusqu’au stade de
métastases. Le dosage du PSA a au cours de ces
dernières décennies révolutionné le diagnostic du
cancer de la prostate [24]. Il n’est pas spécifique du
cancer car il augmente aussi dans l’hypertrophie
bénigne de prostate et dans la prostatite. Dans notre
échantillon, le taux moyen du PSA était de 83,8ng/ml.
Tous les cas d’adénocarcinomes confirmés par
l’histologie avaient un taux de PSA très élevé. Le taux
de PSA a une valeur prédictive positive élevée en
présence des signes suspects au toucher rectal.
Habituellement, un taux situé entre 0 à 4 ng/ml est
considéré comme normal mais l’interprétation du taux
du PSA dépend de plusieurs facteurs. Dans certains
cas de néoplasie très différenciée, la prostate ne
sécrète pas cet antigène et parfois, il peut être
faussement indétectable. Selon les procédures, le
toucher rectal et le dosage du PSA total sérique sont
recommandés en première intention. Les biopsies sont
recommandées en cas d’anomalie au toucher rectal,
quelle que soit la valeur du PSA. Si le PSA total est
supérieur à 4 ng/ml, des biopsies sont recommandées
quelles que soient les données du toucher rectal [25].
Dans cette étude, cette démarche n’était pas respectée.
Selon Khoury, l’échographie est l’examen
morphologique qui apporte le plus d’aide à la clinique
[26]. Au cours de notre étude, l’échographie a été
effectué par 45,7% des patients et avait permis tout au
plus de déterminer le volume et l’écho structure de la
prostate. Normalement, l’échographie est pratiquée
par voie endorectale ce qui n’a pas été le cas chez nos
patients, le service d’imagerie ne disposant pas de
sonde endorectale. L’échographie transrectale sert à
visualiser la glande pour en mesurer le volume, y
détecter des régions suspectes et évaluer si la maladie
est confinée. Sa sensibilité et sa spécificité sont
cependant faibles. Son utilité diagnostique est donc
surtout de faciliter l’obtention des biopsies et
lorsqu’elle est couplée à l’examen Doppler elle
confirme l’hyper vascularisation du nodule.
L’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) est
appelée à s’imposer comme l’examen susceptible de
couvrir toutes les situations [25]. La biopsie de la
prostate est indispensable pour affirmer le diagnostic
de cancer de la prostate. Dans notre étude, la
confirmation histologique n’était accessible que chez
11 patients. En effet, la biopsie prostatique à l’aiguille
n’était pas réalisée pendant la période de l’étude à
cause de l’indisponibilité du matériel. Ainsi, le
diagnostic de l’adénocarcinome n’a eu lieu que sur des
pièces d’adénomectomie. En pratique courante
l’histologie est réalisée à partir de la ponction-biopsie
prostatique, des copeaux de résection transurétrale,
des pièces d'adénomectomie, de la prostatectomie
totale et par un cytodiagnostic. Les chirurgiens ne
disposant ni de cystoscope, ni d’aiguille de
FRANZEN pour les biopsies sont obligés de faire
recours aux pièces d’adénomectomie. La confirmation
du diagnostic de cancer de la prostate était donc faite à
postériori avec des conséquences sur le traitement
définitif. Le toucher rectal, l’échographie et la
ponction biopsique de la prostate sont les principaux
éléments qui donnent des renseignements sur
l’extension locale [24,25]. La classification
généralement utilisée pour la stadification de la
tumeur actuellement est celle de l’Association
européenne des urologues TNM 2009. Par défaut de
données, cette classification n’était pas possible pour
les malades de l’échantillon. Toutefois, lorsque les
tumeurs primitives n’ont pas été évaluées, elles sont
alors classées TX [24]. Le facteur pronostic étudié
dans notre série était le score histopronostic de
GLEASON qui permet de préjuger de l’agressivité et
de l’évolutivité des adénocarcinomes prostatiques.
Dans notre série, la majorité des patients avait un
score de GLEASON inférieur à 7, donc bien
différencié et par conséquent de bon pronostic.
Au plan du traitement, la dérivation provisoire des
urines constituait la première étape du traitement. Fall
et al [15] avaient décrit la même attitude au Sénégal.
La dérivation des urines à l’aide d’un cathéter sus
pubien ou urétral permet de soulager le patient. Dans
la majorité des cas, l’objectif est d’améliorer la qualité
de vie pour que le malade rentre chez lui.
Le traitement définitif du cancer de la prostate dépend
du stade clinique de la maladie. Il peut être à visée
curative ou palliative, cependant, il devrait être
personnalisé. La stratification du risque, l’espérance
de vie, les comorbidités et les préférences personnelles
du patient orienteront le choix de la thérapie. Dans les
pays européens, la prise en charge du cancer de la
prostate s’est enrichie de nouvelles données tant sur le
plan pronostic que thérapeutique depuis l’édition des
Recommandations 2004 [24,25]. Ce qui n’est pas le
cas dans les pays en voie de développement où
l’insuffisance, voire l’absence d’équipements
appropriés et de ressources humaines qualifiés ne
permettent pas une prise en charge appropriée de cette
affection. Dans notre étude, le seul traitement
accessible était la pulpectomie. Celle-ci a été réalisée
chez 23 patients alors que seulement 11 diagnostics de
certitude ont été posés. Cela suppose que les malades
sont traités sur la base d’un diagnostic de présomption.
Ayant rarement accès à la biopsie il faut proposer une
définition des patients suspects de tumeur maligne
associant TR et PSA. Cette démarche sera impensable
dans un pays industrialisé mais est discutable voire
recevable dans notre contexte.
Conclusion
Les tumeurs suspectées malignes de la prostate
constituent un problème de santé publique. Le
diagnostic et le traitement sont très difficiles ; le retard
à l’établissement diagnostic est lié aux difficultés pour
les malades d’accéder aux soins pour des raisons
économiques et à l’insuffisance d’équipement au
niveau de l’unique service d’urologie à Bangui. La
pulpectomie est le seul traitement facilement
accessible.