ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Aspects diagnostiques et thérapeutiques des tumeurs de la prostate suspectées malignes,
à propos de 46 cas à Bangui.
Diagnostic and therapeutic aspects of suspected malignant prostate tumors: about 46
cases in Bangui.
A Doui Doumgba
1
, L Nghario
1
, JK Ndemanga
2
, DO Sello
2
, GPS Tékpa
3
, B Koffi
4
, NM Nali
1
1
Service de Chirurgie Générale, Hôpital de l’Amitié, BP 2166, Bangui, République Centrafricaine:
2
Service d’Urologie Andrologie, Hôpital de l’Amitié, BP 2166, Bangui République Centrafricaine:
3
Faculté des Sciences de la Santé. Université de Bangui
4
Service d’Anatomie Pathologique du Laboratoire National de Biologie Clinique et de Santé Publique
Auteur correspondant : Antoine Doui Doumgba, BP 2184 Bangui, République Centrafricaine.
E. Mail: dotedoui@yahoo.fr/adouidoumgba@gmail.com
Reçu le 19 mars 2016, accepté le 13 avril 2016
Résumé
Objectifs : décrire les aspects diagnostiques et
thérapeutiques des tumeurs suspectées malignes de la
prostate à Bangui.
Patients et Méthodes : Il s’agissait d’une étude
rétrospective, portant sur les dossiers des patients
traités au niveau du service d’urologie andrologie de
l’hôpital de l’Amitié de 2001 à 2010 pour une tumeur
de la prostate suspectée maligne au toucher rectal. Les
paramètres analysés concernaient : l’âge, les motifs
d’hospitalisation, les données du toucher rectal (TR),
le taux de l’antigène spécifique de la prostate (PSA),
le type histologique, le grade histopronostique, les
résultats de l’échographie prostatique, les types de
traitement, et l’évolution.
Résultats : Au total, 46 dossiers ont été colligés.
Pendant la période, 2774 patients étaient traités au
niveau du service d’urologie pour des affections
urogénitales. Les tumeurs de la prostate suspectées
malignes représentaient 1,6%. L’âge moyen des
patients était de 67,2 ans (extrêmes : 48 et 85 ans). Les
sujets de 70-85 ans représentaient 41,3% de
l’échantillon. Le délai de diagnostic était en moyenne
de 2,3 ans (extrêmes : 1 et 10 ans). La rétention aiguë
des urines (67,4 %), la pollakiurie (47,8%), le globe
vésical (45,7%), et la dysurie (38,8%) constituaient
les principaux motifs d’hospitalisation. La prostate
était hypertrophiée dans 95,7% des cas et présentait
une consistance pierreuse (82,6%) ou des nodules
(22%). Le taux de l'antigène spécifique de la prostate
était en moyenne de 83,8ng/ml. L’examen
anatomopathologique a été réalisé chez 11 patients
(23,9%) sur pièce d’adénomectomie confirmant le
diagnostic d’adénocarcinome. Les malades avaient
bénéficié dans un premier temps d’une dérivation
provisoire des urines. La pulpectomie a été le seul
traitement accessible et a concerné 28,2% des patients.
Dans 21,7% des cas, un traitement par anti androgène
a été institué. Par contre 6,6% des malades n'ont reçu
qu'un traitement médical symptomatique. Après un
recul de 10 ans, 78,3% des malades étaient perdus de
vue, 4,3% étaient décédés et 17,4% étaient vivants
dont 2,2% sans signes d’évolution de la maladie.
Conclusion : Les tumeurs suspectées malignes de la
prostate constituent un problème de santé publique. Le
diagnostic de certitude et la prise en charge sont
difficiles à Bangui à cause de l’insuffisance du plateau
technique et des consultations tardives. Le
renforcement de capacité des hôpitaux en ressources
humaines qualifiées, en équipements et consommables
chirurgicaux constitue un gage d’une prise en charge
de qualité des patients présentant une tumeur
prostatique.
Mots clés : Dysurie, pollakiurie, globe vésical, cancer
prostate, Centrafrique.
Abstract
Objectives: To describe the diagnostic and therapeutic
aspect of suspected malignant prostate tumors in
Bangui.
Patients and methods: It is a retrospective study, on
the records of patients treated at the Department of
urology andrology (DUA) of the hôpital de l’Amitié
de Bangui from 2001 to 2010 for a suspected
malignant prostate tumor after the digital rectal
examination (DRE). The parameters analyzed were:
the age, reasons for hospitalization, data of the DRE,
the rate of specific antigen of the prostate (PSA), the
histological type and histo-pronostic grade, results of
prostate ultrasound, types of treatment, and its
evolution.
Results: Forty six patients with suspected malignant
tumor of the prostate were selected. Suspicious
prostate tumors accounted for 1.6% of 2774 patients
registered in the DUA. The average age of patients
was 67.2 years (extremes: 48 and 85 years). Main
reasons for the consultation were: the acute urinary
retention (67.4%), the urinary frequency (47.8%), the
bladder distension (45.7%) and the dysuria (38.8%).
The prostate was enlarged in 95.7% of cases and
showed a stony consistency (82.6%) or nodules
(22%). The rate of prostate specific antigen averaged
83.8 ng/ml. The diagnosis for 11 patients (23.9%) was
confirmed by anatomopathology test. Patients had
received at first a temporary diversion of urine. The
pulpectomy was the only available treatment used on
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28.2% of patients. Therapy by anti-androgen was
instituted for 21.7% cases. In contrast, 6.6% of
patients received only symptomatic medical treatment.
Results after 10 years showed that, 78.3% of patients
were lost to follow up, 4.3% died, 2.2% were alive
without evidence of disease progression and 15.2%
with signs of evolution of the disease.
Conclusion: Suspected malignant tumors of the
prostate are a public health problem. The diagnosis
and management are unavalaible in Bangui due to
inadaquate technical facilities and late consultations.
Capacity bulding of hospitals qualified human
resources, equipment and surgical consumables is a
guarantee of quality care patients with these disorders.
Keywords: Dysuria, Urinary frequency, Globe
bladder, Prostate cancer, Central African.
Introduction
Le cancer de la prostate est de nos jours reconnu
comme l'un des problèmes de santé les plus importants
auxquels fait face la population masculine. En Europe,
le cancer de la prostate est la tumeur solide la plus
fréquente, occupant la première place devant le cancer
des poumons et le cancer colorectal [1]. Actuellement
le cancer de la prostate représente la deuxième cause
la plus fréquente de décès par cancer chez les hommes
[2]. Il affecte plus souvent les hommes âgés. Son
incidence est en évolution, à cause de l’augmentation
de l’espérance de vie et de l’amélioration des
techniques de dépistage [3]. En présence d’une tumeur
suspectée maligne de la prostate, les données du
toucher rectal (TR), le dosage de l’antigène spécifique
de la prostate (PSA), l’échographie vésico-prostatique
avec sonde endo rectale et l’examen anatomo-
pathologique sont les éléments qui concourent au
diagnostic précoce [4,5]. Le cancer de la prostate
affecte également les sujets africains [6,7]. En
République Centrafricaine, la prise en charge des
tumeurs suspectées malignes de la prostate est
confrontée à des problèmes des moyens diagnostiques,
l’insuffisance en spécialistes dans le domaine de
l’urologie et la cancérologie et aux retards et
difficultés d’accès aux soins spécialisés des patients,
souvent pour des raisons économiques. C’est dans ce
contexte, nous avons mené cette étude dont l’objectif
était de décrire les aspects diagnostiques et
thérapeutiques des tumeurs suspectées malignes de la
prostate à Bangui.
Patients et méthodes
Il s’agit d’une étude rétrospective, portant sur les
dossiers des patients traités au niveau du service
d’urologie andrologie de l’hôpital de l’Amitié de 2001
à 2010 pour une tumeur de la prostate suspectée
maligne au toucher rectal. Les paramètres analysés
concernaient : l’âge, les motifs d’hospitalisation, les
données du toucher rectal (TR), le taux de PSA, le
type histologique de la tumeur, le grade
histopronostic, les résultats de l’échographie
prostatique, les types de traitement et l’évolution. Les
registres de consultation et d’hospitalisation, les
dossiers médicaux et les registres de compte-rendus
opératoires ont servi de base pour la collecte des
données.
Résultats
Pendant la période de l’étude, 2774 patients étaient
traités dans le service d’urologie pour toutes causes
confondues parmi lesquels on dénombrait 46 patients
avec une tumeur suspectée maligne de la prostate soit
1,6 %. La plupart (80,4%) de ces patients résidaient à
Bangui. L’âge moyen des malades était de 67,3 ans
(extrêmes : 48 et 85 ans). Beaucoup de patients
(41,3%) avaient un âge supérieur ou égal à 71 ans,
suivi des sujets de 61-70 ans (36,9%) et de ceux de
51-60 ans. Avant 50 ans, la proportion des tumeurs de
prostate suspectée maligne était de 6,5%. Les
principaux motifs d’hospitalisation étaient la rétention
aiguë des urines (67,4%), la pollakiurie (47,8%), la
dysurie (34,8%) et l’impériosité mictionnelle (23,9%)
(tableau I).
Tableau I : Répartition des patients de l’échantillon
selon les motifs de consultation
Circonstances de
découverte
Effectif
(N=46)
%
Altération état général
02
04,3 %
Dysurie
16
34,8 %
Hématurie
01
02,2 %
Impuissance sexuelle
01
02,2 %
Incontinence urinaire
02
04,3 %
Infection
03
06,5 %
Miction impérieuse
11
23,9 %
Pollakiurie
22
47,8 %
Rétention aiguë d’urines
31
67,4 %
La durée d’évolution de la maladie variait de 1 à 10
ans avec une moyenne de 2,3 ans. Dans 93,5% des
cas, la maladie évoluait entre 1-3 ans. Les signes
physiques relevés étaient, le globe vésical (45,7%) et
l’augmentation du volume de la prostate (95,7 %) au
toucher rectal. La consistance de la prostate était
pierreuse dans 82,6 % des cas. L’aspect était nodulaire
dans 47,8 % des cas. L’échographie vésico-prostatique
réalisée chez 21 malades (45,7%) a permis de mesurer
le volume de la prostate. Celui-ci était en moyenne de
68 cm
3
(extrêmes : 38-88 cm
3
).
5
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Chez 11 malades (23,9%), le volume de la prostate
était compris entre 38-68 cm
3
. La structure de la
prostate était hétérogène dans 37% des cas. Le dosage
du PSA a été effectué chez 38 malades (82,6 %). Le
taux du PSA variait de 8 à 110 ng/ml avec une
moyenne de 83,8 ng/ml. Trois malades (7,9%) avait
un taux de PSA supérieur à 100 ng/ml, vingt-quatre
malades (63,2%) avaient un taux de PSA entre 80-100
ng/ml et onze malades (28,9%) un taux de PSA entre
8-79 ng/ml. L'examen anatomo-pathologique a été
réalisé chez 11 patients (23,9%) essentiellement sur
pièce d’adénomectomie. Dans tous les cas,
l’adénocarcinome a été confirmé. Le score de Gleason
a été établi pour les 11 cas d’adénocarcinome (tableau
II).
Tableau II : Répartition des cas d’adénocarcinome de
prostate selon le score histopronostic de GLEASON.
Effectif
Pourcentage
1
2 ,17%
6
13,04%
1
2,17%
2
4,35%
1
2,17%
11
23,90%
Au plan thérapeutique, tous les patients ont dans un
premier temps subi une dérivation temporaire des
urines par cystostomie (73,9%) ou par cathétérisme
urétral (26,1%). Secondairement, 13 patients (28,2%)
ont subi une pulpectomie et 10 patients (21,7%) ont
reçu un traitement par anti- androgènes.
Le tableau III présente les types de traitement réalisé
en fonction du statut histologique. Au plan évolutif,
les patients avaient séjourné en moyenne 22 jours à
l’hôpital (extrêmes : 8 et 64 jours). 50% des malades
avaient séjourné entre 15-30 jours.
Tableau III. Type du traitement réalisé selon le statut
histologique
Diagnostic histologique
Type de traitement
Adénocarcinome
Non fait
Médical
2
8
Pulpectomie
6
7
Adénomectomie
2
18
Abstention
1
20
La figure 1 présente la situation globale de patients
après un recul de 10 ans.
Figure 1 : Devenir des patients après un recul de 10
ans.
Discussion
L’objectif de cette étude était d’analyser la conduite
diagnostique et thérapeutique en présence des tumeurs
suspectées malignes de la prostate. Cette étude
essentiellement basée sur des données hospitalières est
une première en République centrafricaine, et
présente, certes, des limites liées aux études
rétrospectives. Cependant, elle a le mérite de mettre en
exergue les problèmes rencontrés dans le diagnostic et
la prise en charge de cette maladie. Nous avons estimé
à 1,6% la fréquence des tumeurs suspectées malignes
de la prostate. La fréquence des cancers de la prostate
dans une population urologique n’a pas grand intérêt.
Elle serait intéressante au sein d’une population d’un
pays ou d’une population de patients prostatiques mais
pas au sein d’un groupe de patients d’urologie
générale. Cette fréquence est probablement sous-
estimée. Ndémanga et al [8] avaient au cours d’une
étude portant sur 136 cas de rétention aiguë d’urine
rapporté que le cancer de la prostate était l’une des
principales causes avec une fréquence de 16,91%.
Toutefois, la fréquence obtenue dans notre étude est
similaire à celle rapportée par Koffi et al [9] le
cancer de la prostate représentait 1,76% des 735 cas
de cancers diagnostiqués au laboratoire d’anatomie
pathologique de Bangui. Le cancer de la prostate
demeure une pathologie du sujet âgé. En effet, l’âge
représente le principal facteur de risque connu
aujourd'hui [10,11]. Dans notre étude, l’âge moyen
des patients était de 67,2 ans. Au niveau de la sous-
région africaine, l'âge moyen des patients est plus ou
moins similaire [12] alors qu'en France, 95% des
sujets ont un âge compris entre 57 et 88 ans [16].
Au plan diagnostique, le syndrome de prostatisme a
pour mérite d’attirer l’attention sur la prostate et
d’inciter le patient à consulter [17-20]. Le diagnostic
clinique du cancer de la prostate fait appel aux
données du toucher rectal, du dosage du PSA et de
l’échographie transrectale et l’examen histologique
des pièces opératoires ou biopsiques [21,22]. Un
toucher rectal suspect constitue une indication majeure
de biopsie prostatique [22,23]. Au cours de nos
observations, le toucher rectal a toujours été réalisé
chez les malades. Cependant la sensibilité de cet
examen dépend du volume et du siège de la tumeur. Il
ne permet pas d’explorer les faces latérales et les
parties antérieures de la prostate.
Perdus de vue
36 (78,3 %)
Décédés
2 (4,3 %)
Vivants sans maladie
1 (2,2 %)
Vivants avec maladie
évolutive
7 (15,2 %)
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Certaines petites tumeurs peuvent échapper au toucher
rectal et resteront ignorées jusqu’au stade de
métastases. Le dosage du PSA a au cours de ces
dernières décennies révolutionné le diagnostic du
cancer de la prostate [24]. Il n’est pas spécifique du
cancer car il augmente aussi dans l’hypertrophie
bénigne de prostate et dans la prostatite. Dans notre
échantillon, le taux moyen du PSA était de 83,8ng/ml.
Tous les cas d’adénocarcinomes confirmés par
l’histologie avaient un taux de PSA très élevé. Le taux
de PSA a une valeur prédictive positive élevée en
présence des signes suspects au toucher rectal.
Habituellement, un taux situé entre 0 à 4 ng/ml est
considéré comme normal mais l’interprétation du taux
du PSA dépend de plusieurs facteurs. Dans certains
cas de néoplasie très différenciée, la prostate ne
sécrète pas cet antigène et parfois, il peut être
faussement indétectable. Selon les procédures, le
toucher rectal et le dosage du PSA total sérique sont
recommandés en première intention. Les biopsies sont
recommandées en cas d’anomalie au toucher rectal,
quelle que soit la valeur du PSA. Si le PSA total est
supérieur à 4 ng/ml, des biopsies sont recommandées
quelles que soient les données du toucher rectal [25].
Dans cette étude, cette démarche n’était pas respectée.
Selon Khoury, l’échographie est l’examen
morphologique qui apporte le plus d’aide à la clinique
[26]. Au cours de notre étude, l’échographie a été
effectué par 45,7% des patients et avait permis tout au
plus de déterminer le volume et l’écho structure de la
prostate. Normalement, l’échographie est pratiquée
par voie endorectale ce qui n’a pas été le cas chez nos
patients, le service d’imagerie ne disposant pas de
sonde endorectale. L’échographie transrectale sert à
visualiser la glande pour en mesurer le volume, y
détecter des régions suspectes et évaluer si la maladie
est confinée. Sa sensibilité et sa spécificité sont
cependant faibles. Son utilité diagnostique est donc
surtout de faciliter l’obtention des biopsies et
lorsqu’elle est couplée à l’examen Doppler elle
confirme l’hyper vascularisation du nodule.
L’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) est
appelée à s’imposer comme l’examen susceptible de
couvrir toutes les situations [25]. La biopsie de la
prostate est indispensable pour affirmer le diagnostic
de cancer de la prostate. Dans notre étude, la
confirmation histologique n’était accessible que chez
11 patients. En effet, la biopsie prostatique à l’aiguille
n’était pas réalisée pendant la période de l’étude à
cause de l’indisponibilité du matériel. Ainsi, le
diagnostic de l’adénocarcinome n’a eu lieu que sur des
pièces d’adénomectomie. En pratique courante
l’histologie est réalisée à partir de la ponction-biopsie
prostatique, des copeaux de résection transurétrale,
des pièces d'adénomectomie, de la prostatectomie
totale et par un cytodiagnostic. Les chirurgiens ne
disposant ni de cystoscope, ni d’aiguille de
FRANZEN pour les biopsies sont obligés de faire
recours aux pièces d’adénomectomie. La confirmation
du diagnostic de cancer de la prostate était donc faite à
postériori avec des conséquences sur le traitement
définitif. Le toucher rectal, l’échographie et la
ponction biopsique de la prostate sont les principaux
éléments qui donnent des renseignements sur
l’extension locale [24,25]. La classification
généralement utilisée pour la stadification de la
tumeur actuellement est celle de l’Association
européenne des urologues TNM 2009. Par défaut de
données, cette classification n’était pas possible pour
les malades de l’échantillon. Toutefois, lorsque les
tumeurs primitives n’ont pas été évaluées, elles sont
alors classées TX [24]. Le facteur pronostic étudié
dans notre série était le score histopronostic de
GLEASON qui permet de préjuger de l’agressivité et
de l’évolutivité des adénocarcinomes prostatiques.
Dans notre série, la majorité des patients avait un
score de GLEASON inférieur à 7, donc bien
différencié et par conséquent de bon pronostic.
Au plan du traitement, la dérivation provisoire des
urines constituait la première étape du traitement. Fall
et al [15] avaient décrit la même attitude au négal.
La dérivation des urines à l’aide d’un cathéter sus
pubien ou urétral permet de soulager le patient. Dans
la majorité des cas, l’objectif est d’améliorer la qualité
de vie pour que le malade rentre chez lui.
Le traitement définitif du cancer de la prostate dépend
du stade clinique de la maladie. Il peut être à visée
curative ou palliative, cependant, il devrait être
personnalisé. La stratification du risque, l’espérance
de vie, les comorbidités et les préférences personnelles
du patient orienteront le choix de la thérapie. Dans les
pays européens, la prise en charge du cancer de la
prostate s’est enrichie de nouvelles données tant sur le
plan pronostic que thérapeutique depuis l’édition des
Recommandations 2004 [24,25]. Ce qui n’est pas le
cas dans les pays en voie de développement où
l’insuffisance, voire l’absence d’équipements
appropriés et de ressources humaines qualifiés ne
permettent pas une prise en charge appropriée de cette
affection. Dans notre étude, le seul traitement
accessible était la pulpectomie. Celle-ci a été réalisée
chez 23 patients alors que seulement 11 diagnostics de
certitude ont été posés. Cela suppose que les malades
sont traités sur la base d’un diagnostic de présomption.
Ayant rarement accès à la biopsie il faut proposer une
définition des patients suspects de tumeur maligne
associant TR et PSA. Cette démarche sera impensable
dans un pays industrialisé mais est discutable voire
recevable dans notre contexte.
Conclusion
Les tumeurs suspectées malignes de la prostate
constituent un problème de santé publique. Le
diagnostic et le traitement sont très difficiles ; le retard
à l’établissement diagnostic est lié aux difficultés pour
les malades d’accéder aux soins pour des raisons
économiques et à l’insuffisance d’équipement au
niveau de l’unique service d’urologie à Bangui. La
pulpectomie est le seul traitement facilement
accessible.
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ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
La prise en charge de cette affection nécessite une
collaboration multidisciplinaire avec l’urologue au
centre de la décision. Pour cela, l’unique service
d’urologie doit être équipé et doté en moyens
appropriés.
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